Censure sur le manga homo au Japon
Le gouvernement japonais a décidé de censurer pour les mineurs les mangas parlant “d’actes sexuels contraires à la loi ou d’actes sexuels entre personnes ne pouvant se marier légalement si ses scènes sont présentées de manière élogieuse ou exagérée”. Selon l’avis général, plutôt que de viser les relations incestueuses et la pédophilie (il y a beaucoup de relations amoureuses entre frères et sœurs, sœurs/soeurs, frères/frères dans le manga, mais aussi beaucoup de filles de 12 ans prêtes à se donner), le véritable but serait d’empêcher les mineurs de lire des mangas parlant d’homosexualité, sous prétexte que ça pourrait les perturber dans leur développement. Qui dit censure, dit moins de vente, et qui dit baisse des ventes, dit simplement moins de création puisque ce ne sera plus très rentable.
Voici un extrait de l’article des Inrocks :
Branle-bas de combat au pays des mangas. Editeurs, auteurs, lecteurs s’insurgent contre l’ordonnance régionale votée le 15 décembre et dont l’objet est de durcir la législation concernant les publications destinées à la jeunesse. La loi 156, c’est son nom, restreint désormais l’accès aux mineurs, dans la province de Tokyo, à toute une gamme de bandes dessinées, dessins animés et jeux vidéo auparavant en libre-service.
Nombreux sont ceux qui crient à la censure, au droit à la liberté d’expression ; la presse internationale fait écho. Qu’en est-il réellement ? Cette censure n’est pas totalement nouvelle. Le Tokyo Metropolitan Government (TMG) avait depuis longtemps la possibilité d’interdire l’accès à la jeunesse de toute publication dont elle jugeait le contenu “trop incitatif sexuellement, sadique, encourageant des actes criminels, invitant au suicide, perturbant psychologiquement”.
Les livres étaient alors vendus sous emballage plastique et signalisé. Désormais, s’appuyant sur la loi 156, autrement nommée “ordonnance destinée au bon développement de la jeunesse”, le TMG a également le droit d’étendre ses restrictions à tout manga, dessin animé ou jeu vidéo faisant montre “d’actes sexuels contraires à la loi ou d’actes sexuels entre personnes ne pouvant se marier légalement si ses scènes sont présentées de manière élogieuse ou exagérée” (derrière la consanguinité et les mariages intrafamiliaux, c’est l’homosexualité qui est clairement visée).
Plus gênant encore, “les actes considérés comme violents, obscènes, ou à même de perturber l’ordre social” sont mentionnés. Des termes bien trop flous pour ne pas inquiéter. Au-delà d’une phraséologie volontairement opaque, incapable de définir clairement ce qui sort ou non du cadre de cette loi, ce texte n’est pas exempt de paradoxes.
Pour ceux qui peuvent lire l’anglais, Okazu éditrice de yuri aux États-Unis et auteure d’un blog palpitant sur le yuri, nous donne son avis. En résumé, elle semble penser que cette loi poussera l’industrie à dématérialiser le manga papier. Et surtout, elle pense que cette loi n’est effectivement qu’un prétexte pour censurer le contenu gay, dans la mesure où dit-elle rien n’est fait pour lutter contre la véritable pédophilie, et que l’homme à l’origine de la loi Ishihara Shintarou aurait dit que les gays seraient des êtres génétiquement déficients et pathétiques.
I don't think this ordinance is the end of the world, but I do think it will hasten the end of the printed manga industry. Readers all over the world have been waiting for the push that will provide them with online versions of their favorite comics. I believe that this law will be that push. It will force publishing companies to move more explicit work underground - the online world is eminently suited for that. Less questionable materials will follow, because printing on paper costs more than not printing on paper and distribution costs less for digital material.
(…)
What bothers me most about this is that it is exactly the kind of stunt that people who have stashes of child porn pull instead of actually trying to do anything to make actual children safer. Real child porn is not covered under this act - only drawn stuff. And, based on bill sponsor and Governor of Tokyo Ishihara Shintarou's recent statements about LGBT people being genetically deficient and pathetic, I can see that an easy target can be made of LGBT-themed content.
Enfin, pour avoir une vision globale de l'industrie du manga qui se laisserait aller de plus en plus à la grivoiserie, aller là.
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[...] Une ordonnance interdit de montrer de façon élogieuse des « actes sexuels contraires à la loi ou () entre personnes ne pouvant se marier légalement ». À lire sur le blog le lapin aux yeux rouges. [...]
Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant la dedans le porno est interdit aux mineurs en France aussi.
C’est plus le fait de vouloir interdire les lectures de manga homosexuel, pas forcément explicite, qui est le problème. Tout les Yaoi/Yuri ne sont pas forcément explicite, certain sont très romantique.
(une ptite question, elle vient d’où l’image ?)
@nileju, ce texte ne censure pas le porno dans son ensemble, mais exclusivement les “actes sexuels contraires à la loi ou d’actes sexuels entre personnes ne pouvant se marier légalement si ses scènes sont présentées de manière élogieuse ou exagérée”, et donc, notamment, les scènes de sexe gay et lesbien… là est le problème il me semble !
Très intéressant.
@papillori, l’image vient de Hyakka Ryouran: Samurai Girls, je pense (pas sûre mais très probable).
Moi qui suis un grand fan de Tagame, je suis vraiment scandalisé, merci pour l’info lapin rouge
Tss encore un exemple de censure généralisé sous le même prétexte rengaine que d’habitude…
Je ne suis pas experte mais il me semble que des catégories autre que Yaoi/Yuri existent pour les mangas dont le contenu est très limite (les shota et lolicon d’après wikipedia) et donc très facilement restrictible sans censurer le reste de la culture LGBT dans les mangas. Il y a des très bonnes histoires LGBT non sexuellement explicite qu’il serait malheureux de perdre
@nileju comparer la culture japonaise à la nôtre serait une très très très grosse erreur…
c’est vrai que la formulation de la loi est bizarre et inquietante vu le pedigree de son auteur mais d’un autre côté il y a là bas souvent des trucs assez tordus dans les publications destinées à la jeunesse.
mais c’est tout le japon ça. dans la bd adulte ils mettent parfois une mosaique pour vaguement cacher des sexes alors que dans la même histoire des petites filles se font violer par des tentacules quand ce n’est pas par le heros.
D’ac’ avec Red ! D’autant plus que « manga » n’est pas « hentai ». Il ne s’agit pas de porno, mais d’un média audiovisuel qui permet d’effleurer ou d’approfondir des interactions humaines qui pourraient être totalement tabous dans une société mondialement connue pour ses innombrables codes et principes. Le manga, c’était un peu la baie-vitrée de la culture japonaise ( grandiose par ailleurs !), ouverte au monde. Aujourd’hui, ça reste sans doute une fenêtre toujours agréable à regarder pour les amateurs du genre, mais tristement restreinte.
Je demande une minute de silence…
PS : pardon pour le « audiovisuel », j’ai tendance à me focaliser sur l’anime. Même combat pour le manga papier !!!